Rouges jardinspar Guy Grandjean
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Une nouvelle fable : L’odieux CO2 dégage une odeur de sapin

Mystique

Attention : ceci est une fable. Vous n’avez jamais vu un corbac avec un clacos dans son bec…

Entre la savane bretonne et les steppes du massif central, il va falloir choisir, m’adapter… ou accepter de manger les pissenlits par la racine.

La promenade dans ma campagne me remplit d’effroi. Tant d’arbres morts ou mourants. Craquements sinistres des feuilles sèches sous mes pas.Tant d’insectes manquent à l’appel. Une faune sauvage dévastée. Tant de viticulteurs au bord du désespoir. Tant d’agriculteurs et d’éleveurs profondément désemparés. Et je ne vous parle pas de la gigantesque population microscopique de nos sols : c’est un génocide.

Cette campagne là est au bout de sa vie. Game over. Shoot again.

La nouvelle bretagne : un breton sur son âne

Nos lointains ancêtres ont connu la même mésaventure bien des fois. Comme eux, il me faut donc fuir, avec ma boussole coincée vers le Nord, y chercher la fraîcheur.

Sauf que. La route parait bien encombrée, tout est habité, et on me dit que la nourriture là haut est déjà hors de prix, et que la morue suffoque.

Mi homme, mi singe, j’avais déjà abandonné mon pelage, bien trop inconfortable par cette chaleur étouffante. Noircir ma peau pour la protéger des UVB. Pouvoir suer plusieurs litres d’eau par jour, unique solution.

Mais ça ne s’est pas fait en un beau matin, après une nuit sans lune !

Un bel avenir pour les cactées

C’est décidé, je reste : climatisons donc, comme c’est déjà courant dans les beaux quartiers. Mais rafraîchir un logement pas isolé, c’est mettre la charrue avant les boeufs. Et le temps va fissa.

D’abord et avant tout : isoler. Ou creuser, façon troglo. Comme à Matmata en Tunisie.

Un ventilateur et un pulvérisateur suffiront bien : après tout, c’est la température ressentie qui nous importe. Elle nous montre le chemin : l’eau tiède pulvérisée sur un corps chaud, s’évapore. Cette évaporation consomme de la chaleur. Notre chaleur. Voilà pour les nuits chaudes.

L’eau trop froide vasoconstricte : une gêne pour les échanges. A éviter.

Mais dormir mi chaud mi frais, ça ne suffit pas.

Il faut manger. Et boire.

La récolte de maïs non irrigué va être cette année complètement kata : je ne mange guère de choucroute de maïs, ni de ses poupées, mais nos animaux domestiques, oui.

Les vaches avortent, et ruminent déjà le foin ramassé pour l’hiver prochain. De nombreuses autres récoltes sont menacées. Avec les millions de poulets bretons déjà disparus de la circulation, sans parler des milliers de porc étouffés dans les hangars.

Et l’eau ? Qui s’échappe entre nos doigts. En 2022, Nantes, à un poil près, manquait d’eau potable.

Réfléchir avant d’ouvrir son robinet, diviser par 2 sa consommation doit être possible. S’effrayer de la voir partir à l’égout.

Un bac dans le bac

La retenir quand elle est là, ça coule de source, pour le particulier comme pour le collectif. Laissons parler les hydrogéologues.

Aïe : les grandes famines sont-elles de retour dans nos contrées ? Comme au XIX ième siècle ! « Comme dab », nous, les pays riches, nous siphonnerons les marchés mondiaux pour « alimenter le marché » (notre marché), à grand coup d’inflation. Nous continuerons à couper l’essence d’éthanol produit par d’immenses cultures dévoyées, une honte chimiquement pure.

Mais j’en mets la main au feu : climatiser ne nous protégera pas des pénuries alimentaires. Résister dans son château fort pendant des mois, voire des années, certains l’ont fait dans le passé. Avec des réserves de saucisson sec et de lard trop salé. Mais la multitude n’était pas encore née.

Bonaguil, très complexe, mais inadapté

Commander la nature, c’est surtout obéir à ses lois. « Dura lex sed lex« devient « Dura lex sed lex naturae« , la loi est dure mais c’est la loi de la nature. Autrement dit : les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, en physique comme en biologie.

Notre seule chance de survie : baisser nos émissions de CO2, tous, et tout de suite. On conçoit bien que c’est plus facile pour la classe dominante, les populations les plus pauvres étant déjà bien souvent à l’os.

Inspiration soudaine : je pourrais me contenter d’inspirer, d’arrêter d’expirer ces diaboliques molécules de CO2, ces invisibles donc sournois pièges à chaleur !

Le macaon