Parler pour ne rien dire
Parler pour ne rien dire
Mon enfance été bercée de dictons, de petites phrases souvent entendues car souvent répétées. Mises bout à bout, elles prétendaient peut-être à tricoter de la grosse laine d’une “ trame éducative.”
« Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » Combien de fois l’ai-je entendu ? J’ai donc été imprégné de l’importance du langage, des mots, « du mot juste ».
Le mot, l’os de la parole, comme l’a dit un griot africain.
Il m’a fallu quelques dizaines d’années pour penser qu’en réalité, on pouvait aussi parfaitement « parler pour ne rien dire », au sens propre du terme, et sans vergogne !
C’est ainsi qu’on peut, par exemple, parler au fœtus dès l’âge de six mois. Il est sensible à la manière dont on s’adresse à lui. C’est-ce qu’on appelle la prosodie. Le sens des mots ? aucun intérêt.
Le volume, le débit, les accents, le timbre, le rythme, la fréquence, tout ce qui accompagne les mots, qui les transforment en parole. Et ce n’est pas propriété de la maman ! Racontez-lui plusieurs fois une histoire en fin de grossesse, et plus tard, bébé, il y sera sensible, quelque soit le raconteur…
Si le mot est l’os de la parole, sa prosodie est sa garniture*;
le robot ne crache que de l’os, beurk.
C’est presque pareil chez les fœtus oiseaux ! Ils s’imprègnent de leurs chants en partie avant la naissance.
Dans mon laboratoire, que ce soit pour des prises de sang ou des tests PCR covid, j’essayais de penser, sentir « ambiance ».
« Les angoissés » étaient respectés.
Comme « anxiolytiques », la musique** et la prosodie.
Pour le test PCR, je parlais aux patients, et même si je l’utilisais parfois, je ne pense pas que le mot « nasopharynx « soit d’un quelconque intérêt, bien au contraire, pour neuf patients sur dix !
Je parlais donc bien tous les jours « pour ne rien dire » !
* Simple aboiement, chez Hitler
**(FIP ou radio Chateaubriant, sans pub)