Rouges jardinspar Guy Grandjean
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Des médecins sur la sellette

Médecine

Le médecin, en invitant son patient à entrer dans son cabinet, a la surprise de voir ce dernier s’installer derrière le bureau, sur son siège à lui. Insolite. Rarissime. Il se rappelle instantanément les paroles d’un de ses enseignants qui avait rapporté la même « aventure » à ses élèves. Il n’avait pas contredit son patient, et la consultation s’était déroulée « à l’envers ».

Expérience curieuse, qu’il décide de vivre aussi, d’inverser peut-être fugitivement les sentiments éprouvés au cours de ce qu’on a appelé « un colloque singulier », une vérité qui se parle entre le médecin et son patient.

 Ce médecin s’est souvenu aussi de l’expression « être sur la sellette » vieille expression en cours avant la révolution française. Au cours des procès, l’accusé s’asseyait sur un petit siège, tout petit, la sellette. Il était alors facilement dominé par les juges.

Depuis, le prévenu s’installe maintenant sur »le banc des accusés », mise en scène moins atavique de la justice, plus humaine du coup.

 Un collègue à lui, anesthésiste pédiatrique, choisit toujours la chaise la plus basse quand il voit les parents en consultation pré-anesthésique : il intimide moins l’enfant, et les parents, même les plus petits peuvent le dominer. Les parents “exigeants” ne rencontreront que le regard humble d’un homme imprégné de la difficulté parfois “inhumaine” de son métier.

Il déclare « n’avoir jamais cassé de chaise ».

 Personnellement quand j’avais affaire à des enfants, je me mettais à leur hauteur, accroupi ou sur un siège, pour leur parler de la prise de sang, et leur coller au pli du coude un patch anesthésique bienvenu.

Au moment de la prise de sang, je vérifiais toujours “qu’il ne sentait rien”, “que le bras dort”, avec un objet pointu (qui n’était pas une aiguille). Toujours ému de voir l’enfant me poser un regard de confiance, quand il avait compris mes paroles. Cum-prehendere . Prendre ensemble.

Avec ses maigres connaissances qu’il a de lui-même, de son corps, il a saisi l’essentiel du geste, sa peur baisse d’un cran, la confiance est là.

Ce regard, j’y ai eu droit presque à chaque fois, il m’a aidé à devenir empathique : mes longues études amphithéâtrales m’avaient plutôt desséché l’âme et le coeur : c’est après que je m’étais peu à peu appris ce sentiment…

Je réalise ainsi, à plus de 70 balais, que j’arrive à mettre en mots cette longue évolution : on peut s’apprendre toute la vie, même un univers émotionnel oublié dans ces longues études « intellectuelles ».

Sans doute grâce à des « maîtresses » en bienveillance !

C’est mon environnement féminin qui m’avait aidé à établir cette scénette.