Un couple épatant
J’aime particulièrement ce couple disparu.Un couple néo-zélandais, entré dans la légende.
Le huia, c’est son nom, était un oiseau singulier par la présence de deux becs différents chez le mâle et la femelle. C’étaient un peu les pics verts des forêts néo-zélandaises, ces jolis oiseaux que l’on entend, parfois de loin, tambouriner sur les troncs. Mais monsieur et madame, tous deux insectivores, béquetaient chacun à sa manière. Le mâle au bec trapu perçait le bois pourri. La femelle avec son long bec fin visait plus l’anfractueux. Une jolie légende est née : papa fore ; et maman extrait. C’est pas mignon ça !
En fait, en diversifiant la technique, ils diversifiaient la ressource. Mais, gardons la légende pour les enfants. Dans les temps géologiques, la Nouvelle-Zélande, très isolée, s’est organisée sans mammifères carnassiers. Le concept aviaire a pu s’y épanouir, toutes sortes d’oiseaux se sont inventés. Certains ont atrophié leurs ailes, il nous en reste le kiwi. D’autres ont embrassé la carrière de prédateur. Les grands formats ont eu un succès certain, tel le moa. Cet oiseau aptère de trois mètres de haut a été effacé de la planète terre par l’appétit Maori en 1290.
Ces chasseurs découvrirent un moyen simple d’attirer les huias : un long sifflement, et le couple d’e-llia (nom maori), peu farouche, se pointait : un coup de bâton et les magnifiques plumes de queue pouvaient orner les augustes fronts des chefs Maoris.
La fin de l’histoire est d’un grand classicisme. L’importante déforestation réduisit son biotope. Et le coup de grâce fut assené lors d’une visite du duc d’ York. Une fête s’organise, une plume offerte est piquée sur le noble couvre-chef.
Il n’en fallut pas plus d’une.
En Angleterre, la demande en plumes d’huias explosa. Le prix aussi sec s’enflamma. Commerçant à l’affût, chasseur devenu cupide, l’huia y perdit ses plumes, puis la vie en 1907, 1000 ans après l’arrivée des Maoris.