Le doreur de pilule
En Egypte, il y a quelques milliers d’années…
Observer les bousiers rouler leur boule d’excrément est un spectacle fascinant : les égyptiens en firent les scarabées sacrés, et les textes hiéroglyphiques nous rapportent leur histoire. Ces insectes commençaient leur cycle en entraînant la terre, c’est à dire leur boule, d’Orient en Occident, puis l’enfouissaient pour une durée de 28 jours.
C’était le temps nécessaire pour accomplir un cycle lunaire, et élaborer la race du scarabée. (La notion de métamorphose était inconnue)
Puis, les pilules étaient extraites du sol, pour être immergées dans l’eau sainte du Nil le vingt-neuvième jour, à la conjonction de la lune et du soleil : c’était la naissance d’un nouveau scarabée.
En réalité, le bousier pond ses oeufs dans des boules…
Les égyptiens firent du bousier le symbole double de la renaissance et du devenir.
Déifié sous le nom de Kheper ou Khepri, il devint donc l’incarnation du soleil levant, et le principe du changement. C’est logiquement qu’il était mis à la place du cœur des momies. Pacemaker avant la lettre, il aidait la conscience de la momie lors du jugement avant le grand passage.
Et si les hommes décidaient de poser délicatement sur le corps de Dame Nature agonisante, un couple de scarabées dorés ?
Le geste n’a rien de facile, car il faut un mâle et une femelle, et leur différence, vue de l’extérieur, est infime. Un regard perçant est nécessaire, aiguisé par un sens de l’observation en affût permanent.
Sitôt posés, ils se mettent au travail, et, miraculeusement, la nature renaît.
Un enfant pourrait d’ailleurs faire remarquer que ça n’a rien d’extraordinaire :
les kangourous peuplent une bonne partie de l’Australie depuis fort longtemps. Leurs petites crottes sèches étaient consommées par des bousiers spécifiques ayant co-évolué avec eux pendant des lustres.
1788 : catastrophe, les vaches et les moutons débarquèrent avec les colons Anglais : une véritable pluie excrémentielle apocalyptique accompagna cette arrivée.
Les éleveurs australiens voyaient les choses en grand, à l’image de l’immensité du bush .
Disqualifié, le bousier australien ne put traiter les 300 à 500 millions de bouses supplémentaires par jour, que les pluies insuffisantes n’arrivaient pas à dissoudre.
Heureusement, l’homme blanc devint un peu moins bête, et en 1960, il installa une dizaine d’espèces de bousiers ayant de l’appétit pour le caca de vache. Nos scarabées disposent d’un solide appétit : ils sont capables d’avaler pendant 12 heures de suite leur déjeuner – 1 pilule – et d’émettre quasi instantanément, et de manière continue un petit fil biodégradable de 3 mètres de long.
Pour remettre à l’endroit notre belle planète, c’est bien sûr d’énormes pelotes que nos insectes ont à tisser : l’ordure règne en maîtresse sur la terre, et dans tous les domaines, même l’air est un dépotoir à CO2 et autre méthane.
Les 2000 espèces de bousier répertoriées en Afrique lui sont aussi nécessaires que l’oxygène, et illustrent l’importance écologique d’anodins insectes. Quoique rendus invisibles par notre désintérêt, ils nous font réfléchir à l’importance des cycles naturels ; les biologistes les considèrent donc comme un être de lumière – une star chez les insectes- .
Cette lumière suscite l’amour qui, malgré l’effroyable somme de souffrances qui assaillent tant d’hommes, de femmes et d’enfants, baigne la terre entière comme les étoiles éclairent l’univers. Et malgré nous, tout comme les papillons de nuit un soir d’été, elle nous attire irrésistiblement.
Les hommes doivent donc réapprendre à observer, et agir en fonction des connaissances accumulées.





